Premiers jours du trek de la Grande Traversee du Zanskar.

Après mon tour des monastères je rentre à Leh dans l’espoir de trouver un groupe pour le trek de la Grande Traversée du Zanskar. Après avoir fait toutes les agences dans lesquelles j’ai laissé des annonces il faut bien que je me rende à l’évidence: il va falloir que je parte toute seule avec une agence, sans d’autres personnes pour partager les frais, ce qui va me coûter un bras voir deux.
En effet c’est un trek qui est très éloigné de la civilisation et je n’ai ni l’ expérience ni le physique pour faire ça toute seule. Donc seule solution partir avec une agence!
Je pars donc un jour de début de semaine. L’équipe est la suivante: Tanzin le guide, un mec de 27 ans qui habite Leh et qui est guide depuis 6 ans; Bobby le cuisto, 29 ans, qui habite une région dans le sud et qui tous les étés monte dans le laddakh pour faire la saison des treks; et moi, nain de jardin international qui se demande pourquoi je vais encore me fourrer dans une situation pas possible, à marcher pendant 21 jours, 300 km, alors que je sais que mes pieds vont encore me jouer des tours. En effet ceux qui me suivent depuis un petit moment déjà savent que j’ai de gros problèmes aux pieds dès que je marche plusieurs jours d’affilée. Le trek du tour des annapurnas a été un vrai calvaire de ce côté là, j’ai fini le trek en tongs en pleurant de douleur.
Apparemment j’ai les os des pieds trop longs ce qui donne de très fortes douleurs au bout de peu de temps de marche. Pendant des années j’ai cru que c’était la faute à mes chaussures, que je les choisissais mal, mais aujourd’hui il faut que je me rende à l’évidence, j’ai hérité de la tare familiale qui a fait d’autres victimes dans la famille lol.
Enfin bon je ne me plains pas, je suis pas handicapée quand même! Le problème c’est que j’adore marcher et faire des treks, donc hors de question que je fasse une croix sur ce projet de la grande traversée du zanskar. Donc en mazo que je suis, je fonce!
Le mec de l’agence me prévient: ce trek est un des plus difficiles de la région, c’est pour cela que personne ne veut le faire. En effet sur les 10 premiers jours il y a 9 cols à franchir, certains pas trop difficiles d’autres très pénibles. Je vois bien qu’il essai de me dissuader de faire ce trek, mais je suis un nain de jardin têtu, je suis ici pour la traversée du zanskar et je vais faire ce trek même si je dois ramper!
Le trek se divise en deux parties, de Lamayuru à Padum, la capitale du Zanskar, et de Padum à Darcha, plus au sud, dans l’Himachal Pradesh.
Donc c’est parti pour trois semaines de folie!
Le premier jour est très facile. Et pour cause, on ne va pas marcher. On prend la voiture et on va rouler plusieurs heures jusqu’au départ du trek, à Wanla, près de Lamayuru. On campe  dans un camping sympa près d’ une rivière; je monte jusqu’au monastère du coin d’où la vue est vraiment pas mal.
Le lendemain matin départ pour la première journée de trek, jusqu’à un bled paumé qui répond au nom de Hanupata. La journée est sympa et se déroule dans des gorges à l’allure tout autant lunaire que les environs de Lamayuru.
Seul petit hic: une route est en construction.En effet d’ici à quelques années une route reliera Lamayuru à Darcha. S’en sera la fin du trek, qui sera envahi de touristes et de camions. Quel gâchis pour les paysages! Après je comprends aussi la position des habitants. En effet le zanskar a beau être éloigne de tout, il est quand même peuplé de plusieurs milliers d’habitants qui galèrent comme pas possible pour rejoindre la civilisation après plusieurs jours de marche dans la montagne. En cas de maladie ou d’urgence la situation peut se révéler dramatique, et même pour acheminer les denrées de première nécessité c’est très compliqué et galère. Donc bon on peut comprendre qu’ils veulent aussi leur route.
Après seulement deux ou trois heures de route je suis déjà en hypo. Je n’ ai pas assez mangé le matin et je suis à deux doigts du malaise! En plus il fait une chaleur atroce… On attend Bobby qui nous rejoint plus tard car il a aidé le horse man à mettre le matériel sur les mules. Résultat je mange à 14h, ce qui est déjà très tard pour un ventre sur patte comme moi en tant normal (je mange à 11h dernier délais) alors là en hypo je vous raconte pas! J’ai bien un paquet de galette mais comme une truffe intergalactique que je suis ce dernier est dans mon gros sac à dos, sur les mules, qui sont loin, très loin derrière. Finalement Bobby arrive et je me jette sur la nourriture qu’il me tend, comme une morfale, il a sans doute eut peur d’avoir la main arrachée, un peu quand tu donne à manger à un lion.
Bref après nous être rassasiés nous reprenons la route, dans des paysages de plus en plus hallucinants. Les gorges laissent leur place à des montagnes littéralement de toutes les couleurs. Je me rappelle notamment de l’une d’entre elle, un immense et gigantesque bloc de plusieurs montagnes collées les unes aux autres , qui semblaient avoir été taillées au couteau et colorées au pinceau: vert, rouge, orange, bleu, marron…
Les lacets s’enchaînent, et bien que l’on marche sur la nouvelle route (c’ est une piste, c’est pas du tout goudronné) c’est quand même super beau. De plus la route est déserte, on a peut-être croisé deux ou trois 4/4 sur la journée. On arrive vers 17h au camping, qui se résume à quelques emplacements déserts et une tente où vis le prorio et ses deux fils. Je suis dans un état de décomposition avancée. Cette journée était censée être la plus facile du trek, car c’était très plat, mais je suis à l’agonie et mes pieds me font déjà atrocement souffrir.
Je commence à regretter mon choix, je me dit que je vais vraiment en chier comme jamais. Bien fait pour ma gueule, à être têtue comme une mule! Les mecs me montent ma tente pendant que je m’écroule sur une chaise.
Puis je vais me laver, il y a un tuyau qui sort de la terre pas très loin de la tente. L’eau est glacée mais qu’est ce que ça fait du bien d’être propre après avoir passé la journée à bouffer la poussière! Pendant les trois semaines je vais me forcer à me laver tous les soirs. Ça peut peut paraître la moindre des choses mais c’est pas si facile car l’eau des rivières est glacée, et j’ai croisé plus d’un trekkeur qui semblaient ne pas avoir pris de douches depuis des lustres. Je préfère mettre mon cerveau sur off, ne pas réfléchir, parce que si je réfléchi je n’y vais pas. Et puis après c’est pas si froid que ça, on sèche vite. J’ai développé une technique imparable pour me laver à quelques mètres des gens sans qu’on puisse voir quoique ce soit, avec ma serviette. Enfin voila quoi, je pense qu’un trek réussi passe aussi par une bonne hygiène. Tanzin se lave très souvent, presque tous les jours. Par contre je soupçonne fortement Bobby de n’avoir pris qu’une seule douche pendant toute la première partie du trek, juste avant d’arriver à Padum, peut-être parce qu’il avait une copine à aller voir!
Pour mes pieds je décide de tenter un truc: une heure de massage tous les soirs, avec de la crème hydratante. Je me dis que peut-être en massant ces pieds à la noix ça va peut-être améliorer un truc à l’intérieur où je ne sais pas quoi, enfin je suis tellement désespérée que je suis prête à essayer n’importe quoi!
Le lendemain matin nous nous mettons en route pour la troisième journée du trek, jusqu’au village de Photaksur, avec le col Sisir La à franchir, à 4805m. Le temps est assez maussade, mais c’est pas plus mal de marcher sous les nuages plutôt que de rôtir sous le soleil. Les montagnes sont rouges, marrons; je ne sais pas trop comment décrire ça mais à certains moments il y a comme des immenses cornes qui poussent au milieu des grands espaces désertiques. Pendant que nous marchons des marmottes nous observent et sifflent pour prévenir leur congénères de notre arrivée.
Le col n’est pas trop difficile, et la vue depuis celui ci est magnifique, en dépit des nuages et de l’orage qui gronde au loin.  Pour redescendre du col on emprunte un petit chemin ou du moins ce qui l’en reste. Tanzin reste juste devant moi au cas ou car c’est très glissant et tres dangereux, je n’ose pas imaginer dans quel état je pourrai me retrouver si je me rate. Plus tard on arrive au village de Photaksur, niché au creux de falaises abruptes et entouré de cultures qui semblent flotter sous l’effet du vent qui s’engouffre dans la vallée…

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Le zanskar c’est la petite partie en orange foncé, le Laddakh en orange clair.

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La traversee du zanskar, de Lamayuru à Darsha.
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Le monastère lors du premier jour.
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Panorama depuis le monastère de Wanla.
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Depuis le monastère de Wanla.
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Deuxième  jour.
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Bobby et Tanzin.
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Les gorges du 2eme jour.
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La montagne de toutes les couleurs, mais sur la photo on ne voit pas très bien celles ci.
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La vue depuis le camping du deuxième jour.
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La montagne de toutes les couleurs vue de plus loin.
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Paysage du troisième jour.
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Sur le col de Sisir La
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