Ascension du mont Rinjani.

Après Bali je prends le ferry pour l’île de Lombok. J’ai quelques jours devant moi avant de prendre l’avion pour l’île de Flores, histoire d’ économiser quelques jours de bateau/bus. Je n’ai qu’un seul mois en Indonésie, les distances sont énormes, et il y a tellement de choses à voir!
J’arrive à Senaru le lendemain en milieu d’après midi, après avoir pris un bemo qui a fait le tour de la moitié de l’île. Au lieu de prendre la route par l’ouest il fait le grand tour par l’est! Pendant 5h je vais donc sillonner le nord de l’île. La végétation se fait plus rare, tout est un peu grillé par le soleil mais c’est quand meme magnifique. On traverse plein de petits villages paumés…
Senaru est le point de départ du trek pour l’ascension du mont Rinjani, un volcan qui culmine à 3726m. Il parait que l’ascension est particulièrement difficile mais que le lever du soleil depuis le sommet est inoubliable…
Donc bon c’est parti je vais aller voir ça de plus près!
Le lendemain départ vers 7h. Dans le groupe il y a Marie, une suisse; Emma, une irlandaise; Emmanuel et Cynthia, un couple de norvégiens, et moi. On a tous entre 20 et 30 ans. Notre guide s’appelle Sepa, il a 23 ans c’est un gars du village. Il fait le trek plusieurs fois par mois, parfois deux fois par semaine! Sachant que le trek dure trois jours, ça vous laisse une petite idée de son planning… Il y a aussi nos trois porteurs, Pedro, Ryan et Carlo.
La première journée est assez difficile. C’est simple, ça monte tout le temps, pendant 6 ou 7 heures environ. On en bave bien comme il faut!
Les porteurs me font complètement halluciner. Franchement je me demande comment ils font. Ils se trimbalent je ne sais même pas combien de kg sur les épaules: toute la bouffe, l’eau, les tentes, les tapis de sol, les duvets. Mais malgré tout ce poids ils vont bien plus vite que nous, même en pleine montée. Alors que moi je crache mes poumons avec mon petit sac de 8 kg max et mes baskets! Ha oui parce qu en plus ils marchent en tongs!! Vraiment chapeau. En Amérique du sud les porteurs que j’avais pu croiser avaient tous des mules pour porter le matériel. Là pas de mules, juste des paniers sur les épaules (comme celui des porteurs de soufre du volcan Kawah Ijen) et en avant!
Après plusieurs heures de crachage de poumons continue on arrive enfin sur l’arête de la caldeira.
Le spectacle est magique, quasi irréel. Un immense lac (le lac Segara Anak) aux eaux turquoises recouvre la caldeira; au milieu du lac trône un cône volcanique, le Gunung Baru, dont les flancs semblent avancer d’une manière tentaculaire dans les eaux paisibles du lac; tout en haut à droite trône le mont Rinjani, perdu dans les nuages. On se demande tous si c’est bien celui que l’on est censé grimper dans la nuit du surlendemain. On se dit tous que non, c’est pas possible que ça soit lui, il est bien trop loin, haut, difficile… Ça doit être une autre montagne à droite! Et bien non! Sepa nous confirme bien que c’est là haut que l’on va monter, créant une incrédulité générale au sein du groupe. Donc la journée qui vient de s’ achever était en fait la plus facile, vu ce qui nous reste à faire!
On ne préfère pas trop y penser et on se raconte nos vies autour de l’ excellent repas que nous ont concocté les porteurs. Non seulement ils sont arrivés bien avant nous, ils ont monté les tentes en 2 minutes, et en plus de ça ils nous on préparé un repas meilleur qu’au resto!! On assiste ensuite à un superbe coucher de soleil sur les versants du volcan.
Le lendemain lever à 7h, petit dej avec les fameux banana pancakes indonesiens, un régal! Rien de mieux pour commencer la journée!
La nuit a été fraîche, très fraîche même. Mes compagnons n’ont pas beaucoup dormi car il a fait très froid. Mais bon moi je n’ai rien senti vu que j’ai rempli mon sac d’affaires chaudes. Je commence à me connaitre, j ‘ai tout le temps froid, plus frileuse tu meurs! Du coup mon sac était plus lourd mais j’ai bien dormi au moins. Et avec les boules quies enfoncée jusqu’aux tympans, j’ai dormi comme une merde!
Les autres ne sont pas vraiment préparés en fait. Ils n’ont qu’une petite polaire, rien de plus. Moi j’en ai deux, plus un autre pull, plus ma veste gore tex! Surtout emmanuel, il n’est venu qu’avec … un bermuda! Parfois je me demande comment les gens font pour être autant a la rue… C’est à se demander s’ils lisent le descriptif de l’excursion avant de venir. Tout le monde sait que l’on est censé faire l’ascension dans la nuit, à deux heures du mat, dans un vent à décorner les vaches. Je sais qu’en Norvège il fait froid mais quand même!
Bref la deuxième journée ne sera pas de tout repos, bien au contraire. D’ abord on descend dans la caldeira. Ça descend beaucoup et il faut être très attentif car si on se manque on fini 300m plus bas… En plus ça glisse! Je manque de me viander plusieurs fois, mais Sepa et les porteurs eux ne dérapent pas une seule fois… C’est pas possible ils mettent de la colle sous leurs tongs j’irai vérifier ça cette nuit!!!
Une fois arrivés au bord du lac le moment détente du trek arrive enfin. J’ ai trop hâte de piquer une tête dans le lac, d’autant plus que l’eau est plutôt bonne! En fait j’ai surtout hâte de me laver car la poussière du chemin m’a transformée en un ramassis géant de poussière, je suis noire de la tête aux pieds… Mais là comme une truffe géante que je suis je me rends compte que j’ai oublié mon maillot à l’hôtel!! Arrrg adieu veau vache cochon et savon… Je décide quand même d’aller la prendre ma douche, j’ai rarement été aussi crade de ma vie! Je me jette donc à poils dans le lac, après avoir parcouru 500m pour que personne ne me mate. Pas folle la guêpe! Apres m’être débarrassée de ma crasse je me rhabille et là il y a tout un groupe de randonneurs qui passe, alors que je pensais que c’était un coin paumé et que personne ne viendrai ici. Ouuuuf j’ai eu chaud!!!
Puis on repart, cette fois-ci vers une source d’eau chaude. C’est vraiment magnifique: l’eau est verte, il y a une très belle cascade, et l’eau est chaaauuude! Arf je me résous à faire tremper mes jambes, impossible de se mettre à poils ici!
Après avoir pris un excellent déjeuner à base de succulentes nouilles qui me rappellent avec nostalgie mes plats de 300g de pâtes avec une montagne de gruyère qui me manquent, nous continuons notre route.
Au programme des réjouissances de l’après-midi: quatre heures de montée, rien que ça. Pire encore que le premier jour car ici il n y a pas d’ ombre! Quatre heures plus tard j’arrive au camp de base comme si j’étais à l’article de la mort.
Les porteurs eux sont tout pimpants, les tentes sont montées, le dîner en cours de préparation… Arrg non mais ils se droguent c’est sur!! En plus de ça ils fument comme des cheminées, parfois même en marchant. C’est encore plus hallucinant pour les étrangers. Ces mecs sont des machines, c’est vraiment impressionnant. Et en plus de ça ils ont toujours le sourire! Bon après au niveau de l’espérance de vie entre nous je pense qu’il doit y avoir une sacrée différence malheureusement.
En tout cas, après les porteurs de soufre du Kawah Ijen, ma rencontre avec les porteurs du mont Rinjani me montre bien combien nous français et européens n’avons pas le droit de nous plaindre de nos pauvres petits maux quotidiens qui sont bien ridicules par rapport à la vie de ces gens!!
On dîne à 16h, je crois que je n’ai jamais dîné aussi tôt de ma vie. Et pour cause, cette nuit on se lève à 2h30 pour commencer l’ascension à 3h du mat, histoire de pouvoir profiter du lever de soleil une fois là-haut.
Sepa nous fait un point sur ce qui nous attend, à savoir 1000m de dénivellé en trois heures de montée non stop, avec la dernière heure, celle qui mène au sommet, dix fois plus dur que tout ce qu’on a fait auparavant. On a tous des mines déconfites en pensant au programme.
C’est clair que vu depuis le camps de base, le sommet a l’air d’être à des milliards de km… Mais bon je me booste le moral, en me disant que c’est pas un petit sommet de 3726m qui va avoir raison de moi, alors que je suis venue à bout du Huyana Potosi en Bolivie, à 6088m!! Foi de nini j’y arriverai!! On assiste une fois de plus à un superbe coucher de soleil sur la caldeira, avec un groupe de singes qui jouent et qui essaient de chiper nos affaires…
Le lendemain, lever à 2h30. Il fait un froid polaire, le vent souffle très fort. Même avec toutes mes épaisseurs j’ai quand même froid. Heureusement dès qu’on va commencer à marcher je vais me réchauffer! Les autres grelottent encore plus avec leur petite polaire. Marie décide d’abandonner, elle ne se sent pas. J’essaie de la motiver mais rien n’y fait. Je pense que dans la vie il faut parfois se faire violence, abandonner comme ça, sans avoir tenté le truc, sans s’être battu je trouve ça vraiment dommage. Enfin c’est une question de caractère j’ imagine.
On commence l’ascension par 45min de montée, à la lueur de nos lampes frontales. Enfin pour moi plutôt à la lueur de la lampe frontale des autres car telle une truffe géante qui se respecte j’ai oublié de changer les piles qui rendaient l’âme. Tant pis il en faudra plus pour m’arrêter!!
Une fois arrivée en haut on fait une pause. Le vents redouble d’intensité, il faut dire que l’on est complètement à découvert ici, que de la roche, des pierres… Rien pour l’arrêter.
Puis pendant une heure et demi environ ça va continuer à grimper, un peu moins mais quand même. Cynthia n’en peut plus, elle décide de jeter l’éponge. Emmanuel décide de rester avec elle. Je ne sais pas s’il arrête pour rester avec elle ou s’il n’en peut plus non plus. En tout cas si un jour ce cas de figure m’arrive il est hors de question que mon mec reste avec moi pour me tenir la main et renonce au sommet! Il aurai intérêt à continuer, et à aller jusqu’au bout!!! Je lui laisse une polaire que je n’ utilise pas ainsi que mon bonnet du Pérou. Ils vont devoir attendre notre retour dans le vent et risquent d’avoir très froid!
On continue le chemin, qui devient de plus en plus pénible. Le vent fouette mon visage, il me déstabilise à plusieurs reprises… On atteint alors le début de la dernière portion du chemin qui mène au sommet. Là mon visage se glace. Je croyais en avoir terminé avec elles mais non, elles me poursuivent…. Une moraiiiiinnnneee!! Nonnnnn pas ça!!! Devant mes yeux il y a un superbe spécimen de moraine, sur lesquelles j’en ai bien bavé en Amérique du sud à plusieurs reprises.
Celle-ci est particulièrement redoutable: je fais un pas,  j’en recule de deux!!! Déjà que je fais des pas de nain de jardin je vous laisse imaginer… C’est comme si je marchais dans une dune en plein milieu du Sahara!
S’en est trop pour Emma, elle jette l’éponge. Il ne reste donc plus que moi et mes pauvres jambes complètement tétanisées qui se traînent lamentablement sur le chemin. A chaque pas je recule et je m’enfonce aussi dans les graviers.  Le chemin est vraiment abrupt, la pente dois bien faire dans les 45 degrés. Le vent devient vraiment redoutable, j’ai parfois du mal à rester debout. D’autant plus qu’il ne faut pas tomber car à certains endroits il y a le précipice des deux côtés. Mais bon le chemin est quand même plus large que l’arrête qui mène au sommet du Huyana Potosi!
Je souffre vraiment maintenant mais il est hors de question que j’ abandonne. Cette partie est vraiment exténuante et particulièrement démotivante.  Sepa arrive derrière moi, il me propose de porter mon sac. Non merci, si on me prend mon sac c’est trop facile, je veux y arriver toute seule comme une grande! Je m’encourage à haute voix, quitte à passer pour une folle mais tant pis!!
Après d’ultimes efforts j’arrive en criant comme une dératée au sommet. Ça y est, j’ai réussi!!!
Un petit groupe est déjà là, et j’arrive juste à temps pour assister au lever du soleil.
Le spectacle à 360 degrés est fascinant et me coupe le souffle. Le lac Segara Anak qui se tire peu à peu de la pénombre, les montagnes au dessus des nuages oranges, et surtout l’ombre du mont rinjani qui s’étire sur des km et des km, en forme de pyramide. Tout simplement merveilleux et inoubliable…
Sepa me félicite, il me dit youre small but strong! Oui enfin tout est dans la tête, c’est pas mon physique de nain de jardin qui va beaucoup m’ aider!
Après avoir fait quelques photos dans cette atmosphère magique nous prenons le chemin du retour. La descente est un vrai régal par rapport à la monté. En effet il suffit de planter ses talons dans le sable et de marcher comme ça, c’est super rapide mais attention aux genoux quand même!
Arrivés au camp de base je me jette sur mon banana pancake comme si je n’avais rien mangé depuis des semaines, je l’aurai pas volé celui-là!!!
Apres le petit dej nous prenons le chemin du retour, 5h de pure descente qui mettront nos genoux à dure épreuve! Puis nous arrivons au village de Sembalun Lawang, ou un 4/4 nous attend.
Fin de l aventure du mont Rinjani, le deuxième défi le plus dur que j’ai jamais fait, après le Huyana!

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 Un porteur sur le chemin.
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Arrivee sur l arete de la caldeira.

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 Le mont Rinjani est tout en haut a gauche, perdu dans les nuages.
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 Notre campement le premier soir.
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 Le coucher de soleil depuis notre campement.
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 Au bord du lac le lendemain matin.
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 La source d eau chaude.
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 En montant au camp de base.
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 Le sommet du mont Rinjani.
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 Les singes chapardeurs.
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Coucher de soleil depuis ma tente.

Video depuis le sommet du mont Rinjani.
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Il faut lire 3726m lol

 L ombre du mont rinjani en forme de pyramide.
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 Le lac Segara Anak et le cone volcanique Gunung Baru.
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 Toujours l ombre du mont…
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Sepa et moi.
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 La moraine pour acceder au sommet.
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Depuis la moraine.
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 Toujours la moraine.
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La fine equipe.

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La cascade du village de Senaru.
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