Journee galere au Zanskar.

Le cinquième jour du trek fut un des jours les plus difficiles. Comme nous avons pris un jour de retard à cause de la pluie Tanzin me propose de doubler une étape. Je lui demande alors de combien d’heures de marche parle-t-on. Il me dit cinq heures grand maximum. Sauf que les cinq heures c’est pour un Tanzin qui a passé sa vie dans la montagne, surement pas pour un nain de jardin citadin comme moi avec des pieds en bois!
En fait je ne le sais pas encore mais on va marcher pas loin de 11h, je vais être malade comme un chien, on allait devoir rebrousser chemin à cause d’un éboulement sur celui-ci, on va pas trouver le camping… Bref une bonne journée galère comme je les aime, enfin après coup parce que sur le moment j’avais plus envie de pleurer que de rire!
Tout avait pourtant bien commencé. Le matin j’ouvre la tente et je suis aveuglée par le soleil. Ouf le beau temps est revenu! Nous reprenons la route et nous marchons sur l’autre côté, en face du village de Photaksur. Nous prenons un peu d’altitude et nous croisons des locaux avec des cadavres de moutons. En fait pendant la nuit un léopard des neiges a attaqué un enclos et a fait une vingtaine de victimes! Tanzin me dit que ces fauves sont particulièrement féroces et que en plus ils ne dévorent pas particulièrement leurs proies mais se contentent de les égorger et de boire leur sang. Je regarde dans l’enclos et je vois l’étendue du massacre, et c’est vrai que les corps sont presque intacts. Quel vampire! Je dis à Tanzin que j’aimerai bien voir un snow leopard et que du coup je passerai bien la nuit près d’un enclos à moutons pendant le trek. Il me dit heuuuuu on verra mais je sens bien qu’il n est pas très chaud! Je lui dis allez viens on le fait, si on est deux il va quand même pas nous attaquer!
Nous continuons notre route et nous passons le col de Sengge La, à 4960m, le troisième col du trek. Ça grimpe mais en prenant mon temps ça va, c est pas trop pénible. Pour arriver jusqu’au col il y a une moraine à passer, si vous me suivez depuis le début vous savez à quel point je déteste ces moraines que j’ai pu rencontrer en Patagonie ou sur le mont Rinjani en Indonésie par exemple. Elles me poursuivent jusqu’en inde! Enfin bon arrivée au col je vous passe les détails de la vue superbe que je contemple, avec un demi poumon en moins quand même.
Là je demande à Tanzin combien de temps il faut pour arriver jusqu’au village, il me répond 20 minutes. Je regarde sur la carte et je vois bien que 20 minutes, à moins de voler, c’est pas possible. Alors je lui dis combien de temps en virginie time, no tanzin time. Il dit bon 40 min max.
Sauf qu’on a mis 4h. Mais je jure que même Tanzin en 20 minutes ça aurai été impossible, à moins de se téléporter. Je lui demande si en inde une minute c’est bien 60 secondes, 1 heure 60 minutes? Il me dit ouioui c est pareil qu’en france lol. Il a une conception du temps bien à lui Tanzin!
Je l’aime bien, c’est un mec sérieux et très compétent. Durant le trek il m’ a évité quelques viandades monumentales, sauf quand je suis tombée dans une rivière quelques jours plus tard, mais bon là il ne pouvait rien pour moi et encore il s’est quand même précipité pour venir me chercher. Il parle un anglais approximatif, des fois quand je lui parle je vois bien qu’ il ne comprend pas alors qu’il me dit ouioui. Il se sent mal à l’aise de pas mieux parler anglais mais je lui dit que c’est pas grave, que c’est déjà bien qu’il parle un peu alors que moi je ne parle pas un mot d’hindi à part namaste.
En inde ce qui est hallucinant c’est que tout le monde parle au moins deux langues et souvent plus. En effet la langue officielle de l’inde c’est l’ hindi. Mais chaque région a sa propre langue, Et souvent même des villages un peu reculés ont leur propre dialecte. Du coup Tanzin parle l’ hindi, le tibétain (langue qui est parlé dans le laddhak), l’urdu (langue des musulmans du cachemire, juste à côté) et l’anglais. Ça fait quatre langues différentes, avec quelques similitudes certes mais différentes quand même. Et même les plus jeunes enfants parlent plusieurs langues. Et il me semble bien que l’anglais est aussi enseigné dans les écoles. Et même les gens qui ne sont pas ou peu allés à l’école parlent plusieurs langues. Bref je pense qu’on peut en prendre de la graine!
Bref Tanzin est très bien, en plus il ne parle pas beaucoup ce qui est parfait pour moi qui ne suis pas un moulin à parole non plus et qui aime bien marcher en silence.
Donc on commence notre descente vers le village, les lacets n’en finissent plus, je ne sens plus mes pieds. Après les lacets on s’engouffre sur un chemin à flanc de falaise. Il n’est pas bien large, le précipice est juste à quelques cm de nos pieds. Soudain Tanzin se fige et pousse un juron tibétain face au chemin qui n existe plus sur une bonne dizaine de mètres. Un mini glissement de terrain l’a tout simplement complètement détruit. Il n’y a plus qu’un gros tas de sable très précaire et le précipice.
Tanzin me dit qu’on a pas le choix et qu’il faut rebrousser tout le chemin qu’on a fait depuis un bon moment. Je n’attends pas la douche du soir et je mets mon cerveau en mode off, ne préférant pas penser à ce qu’il m’ attend. Une fois revenus sur nos pas nous devons couper à travers champs pour rejoindre la route en construction tout tout en haut. Pour rejoindre cette dernière ça grimpe à peut près à 90 degrés (bon ok peut être que j’exagère un peu mais après une journée de marche ça me semblait vraiment être comme ça) dans les pierres, les ronces et des espèces de cactus.
C’est le moment que mon bide a choisi pour être malade. Les gargouillements annonciateurs des réjouissances ne laissaient plus de doutes et en plus d’être à l’agonie de cette longue journée de marche j’ai du courir derrière un rocher pour… enfin vous savez bien pourquoi, je vous passe les détails scabreux mais ce qui se passe derrière ce rocher est digne d’un vrai film d’horreur. Massacre à la tronçonneuse à côté c’ est un Disney!
Bref je continue l’ascension de la montagne, je suis blanche comme un linge et coupée en deux par des crampes qui me tordent les boyaux. Heureusement Tanzin est là, il m’encourage et il me porte mon petit sac à dos. En temps normal j’aurai refusé, obstinée à arriver au camping en portant mon petit sac à dos comme une grande, mais là franchement j’ai accepté, j’en pouvais vraiment plus.
On arrive à la piste, j’ai l’impression d’avoir gravi un sommet en courant. Après une courte pose nous reprenons le chemin, qui est loin d’être terminé. Un très long moment va s’écouler avant que l’on appercoive enfin le village. Bien sur à un moment donné on descend sur un chemin qui ne mène finalement à rien du tout donc on est obligés de tout remonter.
Finalement on arrive au village de Gazho, et là pas de Bobby, de horse man et de tentes. Juste quelques maisons laddhakis blanches, quelques ânes et quelques vaches, mais pas de trace du camping. En fait il y a eu un gros malentendu entre Tanzin et le horse man. Tanzin lui a dis rdv dans le camping en bas, dans le village; mais le horse man a compris en haut du village, touuuut en haut à encore une heure de montée de ce dernier.
On en peut plus tout les deux, il va faire nuit noire dans peu de temps et j’ ai pas du tout envie de tout me retaper. Tanzin non plus n’a pas envie, du coup il demande à une famille si on peut dormir chez eux. Pas de problèmes nous dit la famille. Ils nous préparent à manger et pendant qu’ on mange on voit pas arriver Bobby! Ce dernier s’inquiétait de ne pas nous voir arriver, du coup il a tout descendu pour voir si on était pas au village. Du coup Tanzin est remonté avec lui et il me dit qu il viendra me chercher tôt le lendemain matin pour aller au camping. Je m’endors avec les pieds en feu et le bide en vrac, crevée de la journée.
Bref voila, j’adore ces journées galères où tout part en vrille, ça fait parti du voyage, c’est ça l’aventure!!
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Le village de Photaksur depuis l’autre versant.
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Depuis le col Bumiktse La.
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Tanzin et moi.
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Depuis le col Sengge La.
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La maison où j’ai dormi
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Sur le toit de la maison.
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Depuis le Sengge La, 4960m.
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