Le caravanserail de Tach Rabat et le trek jusqu’au lac de Chatyr-Kol

Je poursuis ma route jusqu’a Naryn, plus au sud. La-bas je cherche des gens pour partager les frais de voiture pour aller jusqu’au caravansérail de Tach Rabat; je veux aussi aller jusqu’au lac de Chatyr-Kol. Je rencontre Antoine, un prof qui enseigne le français a Bishkek depuis 3 mois. 
C’est parti pour le mini trek! 
Nous arrivons au caravansérail en début de matinée. Un caravansérail. qu’est ce que c’est? C’est un bâtiment qui accueillait les marchands et leurs montures (chameaux, chevaux) le long de la route de la soie, afin qu’ils puissent se reposer, dormir, manger avant de reprendre la route. J’en ai vu pas mal en iran notamment, mais il y en a aussi beaucoup en asie centrale.
Le caravansérail remonterai jusqu’au XVeme siècle. Perso j’ai trouvé qu’il ne cassait pas 3 pattes a un canard, surtout par rapport a ceux que j’ai vus en iran. Mais bon c’est pas grave, moi je suis surtout venue ici pour la rando jusqu’au lac. Le cadre par contre est superbe, avec des yourtes qui parsèment les collines environnantes. 
On commence a marcher vers le lac, qui est censé être situe a 6h de marche depuis le caravansérail. En passant devant une yourte une femme nous demande si nous avons une tente et des sacs de couchage. On lui dit pas besoin apparemment il y a des yourtes prés du lac dans lesquelles nous pouvons dormir. Elle nous répond nonnon les yourtes ne sont pas encore installées, il n’y a personne la bas, c’est encore trop tôt! 
Elle nous dit qu’il y a peut être une seule yourte mais a une journée de marche supplémentaire, de l’autre cote du lac (qui est immense). Quoiiii mais moi je n’ai pas de sac de couchage! Antoine lui a sa tente et son duvet. La nana nous dit si vous voulez vous pouvez faire l’aller retour dans la journée et dormir dans ma yourte au retour. 
Mouais moi je trouve ça super louche, je dis a Antoine qu’elle nous raconte des bobards pour que l’on dorme chez elle. C’est une yourte a touriste of course, donc c’est payant. Méfiante comme je suis je n’en crois pas un mot, mais je vais quand même vérifier l’information dans les autres yourtes prés du caravansérail. Et la on me confirme bien cette information! Pas de yourtes pour dormir la ou on va! Merci l’office du tourisme a Naryn qui nous avait dit le contraire!
Du coup je me retrouve vraiment dans la merde. Antoine me dit pas de problème pour la tente, elle est assez grande pour 2. Mais par contre j’ai pas de duvet! Je demande a une yourte si je peux louer des couvertures pour une nuit. La nana est très sympa, elle me dit pas de problème. Je lui emprunte 2 couvertures que je fais rentrer tant bien que mal dans un sac a dos en décomposition avancée qu’elle me prête aussi. Car impossible de faire rentrer tout ce monde dans mon petit sac a dos, en plus il est déjà plein a craquer.
Je lui demande aussi du pain, de la confiture, et elle me donne des beignets en plus. Bon avec le pain que j’ai déjà, ma tablette de chocolat et ma boite de sardine je pense que je vais pouvoir survivre. 
Donc je me retrouve avec mon petit sac sur le dos et un gros sac a dos devant. Heureusement ce dernier est très léger mais bon quand même je me sens un peu comme une grosse truffe, a devoir marcher comme ça pendant 3 jours!
Cette fois-ci, c’est parti! Avec Antoine on commence a monter plus haut dans la vallée. 
Les paysages sont superbes, avec toujours ces collines a perte de vue, ou l’ombre des nuages vient parfois obscurcir le vert vif qui recouvre ces dernières.
Puis a un moment donné un dilemme se pose. On perd de vue le chemin, qui n’était déjà pas très visible. Doit on aller a gauche ou a droite? Apres un petit repérage Antoine me dit qu’apparemment c’est plutôt a gauche.  
On ne le sait pas encore mais on a pris le mauvais chemin. En fait au lieu de faire l’aller retour sur le chemin « facile » on va faire une boucle, en contournant par l’ouest et l’est le mur de montagnes qui nous sépare du lac. C’est pas plus mal car on fait une boucle, perso je préfère ça plutôt que de prendre le même chemin a l’aller et au retour. 
C’est bien joli mais ce que l’on ne sait pas encore et que l’on va pas tarder a comprendre c’est que le faux chemin va se révéler être un véritable enfer, et encore le mot est faible! Je me dis c’est quand même bizarre que sur le sol boueux il n’y a pas la moindre trace de pas de chaussures de rando, alors qu’apparemment un autre groupe est parti le matin même dans la cette direction. 
A part des traces de sabots de vaches et de chevaux, rien d’autre. Juste nous 2, quelques marmottes et les montagnes. 
Soudain un troupeau de chevaux arrive au galop sur le flanc de la colline. Parmi eux, 2 bergers. Sauvés! Je cours a leur rencontre pour leur demander si le lac c’est bien par la, je manque de me faire piétiner au passage par le troupeau de chevaux. Ils me disent oui oui c’est bien par la, et ils me montrent un col au loin. Donc nous reprenons la route rassures, car il n’y a vraiment pas un chat dans les environs. Nous sommes tous contents car le col que les bergers m’ont indiques est tout rikiki. Bon c’est sur ça monte, c’est un col, faut pas rêver non plus ça va pas être plat. Mais bon franchement il n’est pas bien dur, c’est pas l’Everest non plus. 
Antoine arrive en haut le premier, je lui crie il est beau le lac?! Il est mort de rire, et pour cause on est pas du tout arrive encore!! Le vrai col se dessine au loin, après plusieurs autres mini montagnes qu’il va falloir monter puis redescendre pour tout remonter ensuite…. Arrghhhh c’est pas possible! Dire qu’on est censés faire le chemin jusqu’au col en 4h!! Mais comment ils font les autres gens, ils volent ou quoi?? Bon après on comprendra qu’on a pas pris le bon chemin et que celui-ci est beaucoup plus difficile que l’autre. 
On commence a se décomposer quand on voit au loin 2 cavaliers qui descendent ledit vrai col sur un chemin qui monte a 90 degrés… 
Bon du coup j’éteins mon cerveau, je ne me parle plus a voix haute ou dans ma tête (quand je ne me parle plus dans ma tête ou a voix haute ça veut dire que je galère pour un truc et que j’ai un peu les nerfs) et je commence le parcours du combattant sur ces montagnes russes ou je fais mes zig zag car si je monte d’un trait je fais un arrêt cardio au milieu du parcours. 
En plus il n’y a absolument pas de chemin, a part un petit sentier qui mène au col. Avant ça il n’y a que dalle, a moi de faire mes zig zag. En plus c’est une moraine (pire que celle de El Chaten en Patagonie si vous vous en souvenez) faite de petits cailloux, alors c’est un peu chiant. 
Bref au bout de 7 heures de marche j’atteins enfin le col. J’ai l’impression d’avoir gravit l’Everest alors qu’on doit tout juste être a 4000m. Depuis la haut on a une superbe vue sur les montagnes des alentours ainsi que sur une partie du lac. Il y a encore un peu de neige. Antoine arrive un peu plus tard, mais celui-ci a un sac a dos qui doit peser dans les 20kg bien tasses, moi je dois avoir moins de 10 je pense. Même si on a pas le même gabarit, j’ai mal pour lui, déjà que moi je suis a l’agonie!
Puis on va redescendre pendant 45min sur une pente assez raide. 
Une fois en bas, au détour d’une colline, qu’est ce qu’on voit?!? Une yourte!!!! Qu’est ce que ça fait du bien de ne plus se sentir seuls au monde! En fait plus tard on comprendra qu’on est arrive a l’endroit ou la nana de la yourte prés du caravansérail nous avait dit qu’il y avait peut être une yourte a une journée de marche du lac. 
Le fils vient nous accueillir, il serre la main a Antoine, moi je n’ai pas droit a cet honneur mais bon apparemment c’est l’usage la bas. On est arrive depuis quelques minutes et la famille nous a déjà invite a boire le thé et a manger un morceau. 
Au programme bien sur j’ai nomme le fameux kumuz (lait de jument fermente, mais aussi de la crème (vous avez peut être vu ça sur une de mes photos, tous les bergers ont cet instrument ou ils versent le lait de vache a l’intérieur et d’un cote le lait ressort mais de l’autre cote il y a de la crémé qui sort, et ils font marcher cet instrument avec une manivelle), du beurre, de la confiture, du pain et un espèce de petit gâteau, le tout fait maison of course. 
Ce qui est bien c’est que Antoine parle un peu le russe, donc on peut discuter. 
Puis on va monter la tente. La le père de famille vient nous chercher pour… qu’on donne le biberon a un bébé yak!!! J’ai rarement vu un animal aussi mignon. J’aurai voulu le mettre en bandoulière dans mon sac et le prendre avec moi pour la suite de mes zaventures… 
Il prend le lait de vache goulûment, il faut juste bien tenir la tétine car sinon il l’avalerait aussi! Je leur demande comment ça se fait qu’ils ont un bébé yak tout seul, sans sa mère? Antoine parvient a comprendre que le bébé a été acheté au marche quelques jours plus tôt, tout seul, qu’il n’est pas encore sevré et c’est pour cela qu’il est nourri au bib de lait de vache, et que quand il sera plus grand il sera… mange! Quoiiiiiiii cet adorable créature est destine a être transforme en steak?! Et oui la dure réalité nous rattrape, ici c’est vrai que les yaks ont le même destin. 
Plus tard on va se coucher, mes couvertures sont plutôt pas mal mais bon elles sont quand même pas faites pour le froid glacial. En même temps je me suis mal emmitoufle a l’intérieur, je ferai mieux la prochaine fois. Pendant la nuit j’ai bien failli me lever pour délivrer le bébé yak, mais après je me suis dit si c est pour qu’il meurt de faim (pas sevré) ça va pas servir a grand chose.
Le lendemain nous plions la tente et nous disons au revoir a la famille des bergers qui nous ont offert a manger la veille. 
C’est fou la generosite de ces gens, vous imaginez quand même, ils nous connaissent absolument pas mais c’est pas grave, ils sont contents de nous voir et pour eux cela serai la pire des impolitesses que de ne pas nous inviter dans leur yourte. C’est le sens de l’hospitalité kirgyz.
Avant de partir je vais remplir les bouteilles avec l’eau d’une source. Je remonte presque tout le canyon pour être sur que des vaches ne sont pas venues boire ici. Bon déjà que moi j’ai eu du mal a grimper la haut vous allez pas me faire croire que des vaches ont pu venir! Comme d’ab j’ai eu la flemme d’aller acheter des pastilles purifiantes pour l’eau, ça sera bien fait pour moi si je suis malade comme la derniers fois.
Nous reprenons notre route, a la recherche du vrai col pour faire la boucle. 
Le berger nous a dit que le vrai col n’était a quelques heures de marche, et que surtout il est beaucoup plus facile. Il nous dit qu’il y a 2 autres yourtes le long du lac, on se dit que la 3eme est peut être en bas du sentier qui monte au col.
Le lac est magnifique, il est aussi grand et beau que le lac de song kul mais sans les touristes. A part l’autre yourte et 2 gamins a chevaux qui surveillent leur troupeau il y a vraiment degun.
Nous allons demander notre chemin a la 2eme yourte. La vielle femme nous confirme bien qu’il y a un passage sur notre droite, pas très loin. C’est pas très facile de la comprendre car elle ne parle que le kirgiz, pas le russe. Bien sur elle nous invite a boire du kumuz et nous offre du yaourt maison.
Nous continuons notre route, en pensant rejoindre la 3eme yourte dans peu de temps. 
La heureusement les 2 enfants a chevaux viennent nous voire, et Antoine parvient a comprendre que l’autre yourte est a 4h de marche, et que de toute façon ça ne sert a rien car le passage est juste a cote, sur notre droite. Le mini chemin ne se voit absolument pas depuis le chemin principal, et si on avait pas croise ces gamins on aurait marche je ne sais pas combien de temps pour rien du tout!
Nous campons une dernière nuit, sous la pluie. Cette fois je gère mieux mes couvertures et je n’ai pas eu froid. 
Le lendemain matin on décolle a 6h45 pour le vrai col, qui effectivement n’est pas dur du tout. Sauf que c’était même pas le bon col, car normalement le vrai col devait surplomber le lac, on aurai du avoir une super belle vue sur ce dernier. Et au loin on voit un autre chemin qui semble aller vers le bon col. Bon bref tant pis, c’est pas grave si j’ai pas la photo du lac depuis le col, j’en ai un peu marre de ces galères de chemin! Franchement il pourrai y avoir quelques indications, je sais pas moi au moins des cairns ou quoi, car apparemment c’est une rando qui est assez pratiquée a la haute saison. Bon dans les 2 yourtes nous sommes les premiers touristes qu’ils voyaient depuis qu’ils avaient installes leur yourte, une dizaine de jours plus tôt.
Puis nous descendons le col, et a ce moment la il y a plusieurs troupeaux de moutons arrivent en bas dans la vallée. C’est fou, juste au moment ou tu a l’impression d’être tout seul au bout du monde il y a des centaines de moutons qui arrivent, avec leurs bergers.
Ces derniers nous font signes de venir discuter et pour bien sur boire le verre de l’amitié. Et hop un petit verre de vodka a 10h du mat! Moi je refuse, je sais que c’est impolis mais bon tant pis. 
Les bergers nous disent que lorsque l’on est en altitude comme ça il faut boire beaucoup d’alcool, c’est bon pour la respiration et le sang. LOL on doit pas avoir les mêmes notions en la matière. 
On assiste au rassemblement du troupeau de moutons par un chien de berger. C’est vraiment impressionnant: en 3 ou 4 minutes il arrive a rassembler des centaines de moutons complètement éparpillés sur plusieurs collines, et a en faire un cercle compacte. Les bergers n’ont même pas a lever le petit doigt. Tu m’étonnes qu’ils peuvent boire de la vodka!
Un mouton est blesse ou malade, il ne peut pas marcher avec ses congénères. Il fera le trajet sur le cheval, dans les bras d’un jeune garçon berger. 
Ces derniers ont aussi des carabines. Ils nous disent que c’est a cause des loups qu’il y a dans les environs, que la nuit ils sortent pour attaquer les troupeaux et qu’ils peuvent être aussi agressifs envers les humains. C’est balo ça j’aurai bien aime en voir un de loup, mais bon ça c’est un peu comme le léopard des neiges, on en entend parler mais on en voit jamais. Et puis ils nous disent que c’est aussi pour chasser le mouton de Marco Polo (mouton sauvage avec des cornes spéciales ou je ne sais plus quoi). Antoine leur dit mais c’est pas interdit ça? Les bergers rigolent. C’est sur qu’il n’y doit pas y avoir beaucoup de contrôles, au fin fond du Kyrgystan!
Voilou, nous prenons le chemin du retour sur le chemin que l’on aurait du prendre a l’aller, effectivement rien a voir avec l’autre!
J’ai beaucoup aime ce trek, car j’ai vraiment eu l’impression d’être un peu au bout du monde, loin des autres touristes, dans un environnement désert et magnifique. Une fois de plus j’ai  touchée par la generosite et l’hospitalité des familles de bergers nomades kirgyz.
De retour a Tash Rabat je rends les couvertures ainsi que le couteau suisse que j’avais emprunte pour ouvrir la boite de sardine, que je n’ai même pas mange du coup, avec tout ce que les bergers nous on donne a manger. 
Nous faisons du stop pour une bouchée de pain pour rejoindre le village de At Bachi, ou Antoine part de son cote rejoindre sa famille d’accueil kirgyz qui l’héberge a Bishkek et qui est en vacance dans les environs.
Moi je continue jusqu’à Naryn en stop, avec une famille musulmane très gentille qui ne me fait pas payer (le stop est payant en asie centrale) et qui m’offrent des petits gâteaux. Mais eux n’en mangent pas car le ramadan a commence il y a 2 jours. A savoir que au Kirgystan les gens sont musulmans mais pratiquent pour beaucoup un islam très modéré. J’ai eu l’impression que peu de kirgyz suivaient le ramadan, car tous les restaurants, les bazars etc restaient ouverts en journée et que beaucoup de kirgyz continuaient a manger normalement.
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La yourte en bas du col.
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Le caravansérail de Tach Rabat a gauche.
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Avec le bébé yak!!

Le mouton malade et les bergers.

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Un petit verre de vodka.
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Antoine et les bergers.
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Rassemblement du troupeau.

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Le col est au milieu de la photo, au loin.
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Le sentier qui mène au col.
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Depuis le col, avec le lac a droite.
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Mouton malade.
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Sur le col.
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A notre arrivée a la yourte, le fils vient nous accueillir.
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Traite des vaches.
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Les cavaliers qui descendent du col.
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